Retour sur le salon A MAZE

Photos : Alina Constantin, conceptrice de design narratif pour oeuvres interactives chez Les Fées spéciales, a passé 4 jours au salon A Maze (10-13 avril 2019) à Berlin

Quels étaient vos objectifs de participation ? 

A Maze Berlin est un rassemblement européen important de jeux, installations animées et parcours artistiques et expérimentaux autour des médias émergents. Ma participation à cet évènement était liée à un projet de recherche du département jeux vidéo de l’Université Paul Valéry et à une réflexion sur la mise en valeur du patrimoine culturel à travers de multiples médias que nous menons au sein de notre structure, Les Fées Spéciales, à Montpellier. L'objectif était autant d’échanger avec des interlocuteur.rice.s divers.e.s sur le positionnement de nos recherches, que de participer à des ateliers et conférences sur l'utilisation de jeux pour favoriser l'accessibilité à des thématiques complexes. Il s’agissait également d’analyser les méthodes de production et de distribution appliquées à des œuvres par des créateur.rice.s aux profils similaires au nôtre, à une échelle européenne et au-delà. 

Quel a été votre programme pendant l'évènement ? 

Les trois jours de A Maze Berlin ont été l’occasion d’assister à des conférences proposées par des chercheur.euse.s, 
de participer à des ateliers pratiques,
 d’observer les espaces d’exposition 
et d’échanger avec d’autres créateur.rice.s ayant des démarches similaires à la nôtre.
 J’ai porté une attention particulière aux rencontres ayant des thématiques proches de notre collaboration universitaire actuelle : les récits biographiques, les rapports entre l’Europe et l’Afrique et les créations à thèmes historiques et/ou engagés.
 La conférence Contested Memories: Revisiting Historical Traumas in Videogames, de Vít Šisler, a particulièrement retenu mon attention : lec réateur du jeu Attentat 1942 a partagé des exemples du travail documentaire qu’il a réalisé auprès de témoins tchèques pour retranscrire leur vécu d’un moment violent, de manière interactive et subjective plutôt qu’historique. J’ai participé à des débats avec de nouvelles et nouveaux créateur.rice.s du réseau panafricain en développement Enter Africa, soutenu par le Goethe Institut, et également à un atelier de jeu de plateau pédagogique The Parliament of Things basé sur la philosophie politique de Bruno Latour. J’ai aussi échangé avec de jeunes créateur.rice.s d’universités de Johannesburg, New York et Helsinki, sur le travail de la transmission d’histoires personnelles sur un mode ludique. 

Quelles sont les retombées en termes de partenariats ? 

A Maze est un événement qui favorise les rencontres et rapproche les individus des milieux académiques, créatifs, et culturels. Cette concentration de conférences, présentations de travaux et rendez-vous a permis d'intégrer la présences et le travail des Fées Spéciales à Montpellier dans ce réseau, de renouer avec des créateurs français (Klondike Collective, Pierre Corbinais), des chercheur.euse.s et des organisateur.rice.s d’événements européens d'envergure (Sabine Harrer, Henrike Lode, Copenhagen Game Collective). Cela m’a aussi permis de nouer des contacts avec des créateur.rice.s de Finlande, des Etats-Unis, d’Afrique du Sud, du Burkina Faso et du Kenya (Naddya Adhiambo Oluoch-Olunya).
 Si des partenariats concrets ne sont pas immédiatement enclenchés, cette participation reste cruciale pour consolider une visibilité professionnelle, dans un contexte où les contacts individuels sont des ressources essentielles pour les différentes étapes de production. 

Quelles sont les retombées en termes de veille sur le secteur, connaissance, approfondissement et développement de vos projets ? 

Tout d’abord, ma participation à cet événement permet de valider l’importance et l’actualité du travail enclenché chez les Fées Spéciales, à savoir rendre accessibles des thématiques complexes et réfléchir à la diversité de notre patrimoine culturel à travers un travail audiovisuel sensible, mélangeant traditions et expérimentations. Une partie du festival de A Maze étant ouvert à un public non professionnel, il m’a été possible d’observer l’intérêt de la part d’un public varié pour des créations hybrides et inattendues. Cela m’a aussi permis de constater l’importance de multiplier les partenariats entre créateur.rice.s de contenu, instituts de recherches et nouvelles institutions culturelles. Ces collaborations mixtes, tant sur le médium que sur les partenariats, restent des démarches récentes et compliquées. Mon séjour à A.Maze m’a permis d’observer la différence de méthodes et de réactions face aux défis et au potentiel que représente le mélange des formats et des connaissances. 

Quels sont, selon vous, les points forts de cet événement ? 

A Maze Berlin est un événement qui permet de faire des parallèles sur les expérimentations interactives et artistiques menées tant par de jeunes créateur.rice.s que par des professionnel.le.s expérimenté.e.s ou par des institutions culturelles européennes. C’est un moment unique et animé qui propose des conférences engagées, des débats informels sous forme d’ateliers participatifs, des expositions d’œuvres récentes ouvertes au public et des soirées propices à des rencontres conviviales dans un milieu multiculturel qui partage ses évolutions. En tant que créateur.rice audiovisuel.le, c’est une opportunité de pouvoir s’inspirer et renforcer son travail et son questionnement sur ce milieu à une échelle humaine contrastée, à la fois intimiste et internationale. 

Quels sont, selon vous, les points faibles de cet événement ? 

A la différence de la majorité des événements de ce type, A Maze se démarque en offrant un espace destiné à la valorisation de démarches de création aux objectifs principalement non-commerciaux. Si ceci est une force qui permet aux échanges de se focaliser sur les expérimentations de contenus et de techniques dans un médium en perpétuelle évolution, il serait intéressant, lors des conférences, qu’il y ait plus de communication sur les contextes de collaboration qui rendent ces expérimentations possibles. Cela permettrait d’enrichir nos propres perspectives locales et de mieux comprendre les possibilités et difficultés spécifiques liées au processus de création et de distribution de formats innovants à l'échelle européenne.